Le présent exposé aborde la problématique des tours de contrôle sous l'aspect de leur conception architecturale, et en particulier des exigences qu'elles doivent satisfaire et qui souvent complètent les normes usuelles du bâtiment.
En effet, les tours de contrôle aéroportuaires doivent, pour être pleinement fonctionnelles, répondre à certaines exigences spécifiques : localisation, hauteur, servitudes aéronautiques et radio-électriques, liaisons fonctionnelles avec le bloc technique, équipements spécifiques, performances qualitatives renforcées dans la vigie (acoustique, thermique, éclairage, vitrages, ...).
Il est très important de respecter ces exigences si l'on veut assurer de bonnes conditions à l'exercice du contrôle d'aérodrome, dont le double enjeu : sécurité/efficacité du transport aérien, est fondamental.
Dans le cas d'un projet de nouvelle tour de contrôle, ces spécificités sont à intégrer très en amont par la maîtrise d'oeuvre (dès le stade esquisse), d'où la nécessité d'élaborer un programme suffisamment explicite et détaillé.
Le présent chapitre, après quelques généralités, présente, dans leurs grandes lignes, les principales de ces exigences.
Une tour de contrôle est constituée de l'ensemble : vigie + fût.
La vigie où s'exerce le contrôle d'aérodrome, est parfois disposée directement sur un bâtiment, mais c'est assez rare. Ses fonctions et particularités sont exposées ci-après.
Le fût (ou les fûts, car il peut y en avoir plusieurs) comprend généralement un escalier, un ascenseur monte-charge des gaines techniques, etc... Les dispositions préventives de sécurité incendie (coupe feu, sas, ...) doivent garantir de bonnes conditions d'évacuation.
Le bloc technique est le bâtiment situé en pied de tour, où se trouvent les salles techniques et bureaux qui doivent être proches de celles-ci. Sa composition est variable, mais on y trouve le plus souvent :
Liste non exhaustive.Généralement sous la tour ou à proximité, le bloc technique réunit des salles techniques et des bureaux qui doivent être, de préférence (voire nécessairement), proches de la tour : maintenance, bureaux de la navigation aérienne, bureau de piste, district, ... Ces différentes entités peuvent être regroupées en fonctions principales, d'où découlent certaines contraintes de liaisons et de proximité, plus ou moins fortes, et dont la hiérarchisation nécessitent un ordonnancement global.
La conception d'une tour de contrôle doit lui permettre d'assurer l'ensemble des fonctions définies au niveau de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).
Celles-ci sont présentées dans l'extrait suivant du document édité par l'OACI "Gestion du trafic aérien (procédures pour les services de navigation aérienne)" et référencé "Doc 4444"....
7.1 FONCTIONS DES TOURS DE CONTRÔLE D'AÉRODROME
7.1.1 Généralités
7.1.1.1 Les tours de contrôle d'aérodrome transmettront des renseignements et des autorisations aux aéronefs placés sous leur contrôle dans le but d'assurer l'acheminement sûr, ordonné et rapide de la circulation aérienne sur l'aérodrome ou aux abords de celui-ci, afin de prévenir les collisions entre :
7.1.1.2 Les contrôleurs d'aérodrome surveilleront constamment tous les vols au-dessus de l'aérodrome ou aux abords de celui-ci ainsi que les véhicules et le personnel sur l'aire de manoeuvre. Une veille sera maintenue par observation visuelle ; dans des conditions de faible visibilité, celle-ci sera renforcée par radar, si celui-ci est disponible.
7.1.1.3 Les fonctions d'une tour de contrôle d'aérodrome peuvent être assurées par différents postes de contrôle ou de travail, tels que :
DÉFINITIONS Circulation d'aérodrome
Ensemble de la circulation sur l'aire de manoeuvre d'un aérodrome et des aéronefs évoluant aux abords de cet aérodrome.
Note Un aéronef est aux abords d'un aérodrome lorsqu'il se trouve dans un circuit d'aérodrome, lorsqu'il y entre ou lorsqu'il en sort.
Aire de manoeuvre
Partie d'un aérodrome à utiliser pour les décollages, les atterrissages et la circulation des aéronefs à la surface, à l'exclusion des aires de trafic.
Aire de trafic
Aire définie, sur un aérodrome terrestre, destinée aux aéronefs pendant l'embarquement ou le débarquement des voyageurs, le chargement ou le déchargement de la poste ou du fret, l'avitaillement ou la reprise de carburant, le stationnement ou l'entretien....
En phase de conception, le dimensionnement d'une vigie commence par :
A titre d'exemple, une vigie peut comprendre les 3 postes de contrôle suivants :
La vigie de la tour de contrôle peut être considérée comme l'oeil de l'aérodrome.
L'observation visuelle depuis la vigie doit permettre d'exercer le contrôle d'aérodrome, tel que défini dans le document OACI 4444 précité, qui précise également que (cf. § 7.1.1.2) : « dans des conditions de faible visibilité, celle-ci sera renforcée par radar, si celui-ci est disponible ».
Les nécessités induites par les « conditions de terrains » ne permettent en effet pas toujours d'atteindre les conditions idéales de visibilité maximum de ces conditions.
C'est pourquoi les exigences habituelles d'un programme de nouvelle tour de contrôle en matière de visibilité sont les suivantes :
Pour y parvenir dans le cas d'un projet de nouvelle tour, des études de visibilité sont réalisées selon plusieurs implantations (et hauteurs) envisageables, afin de déterminer les éventuels « masques » et de vérifier qu'ils respectent les conditions de visibilité ci-dessus.
La visibilité depuis la vigie est la clé principale de la localisation de la tour de contrôle. La localisation d'une tour de contrôle s'inscrit dans des enjeux multiples :
Une analyse multi-critères est donc nécessaire pour choisir entre plusieurs solutions envisageables, mais celles-ci doivent impérativement offrir des implantations et hauteurs de tours de contrôle permettant de respecter les exigences de visibilité présentées ci-dessus. Des études de visibilité sont donc indispensables afin de déterminer les éventuels « masques » de bâtiments ou même gros porteur en stationnement (cf. schéma ci-dessous), et de vérifier qu'ils respectent les exigences de visibilité (cf. plan des zones à voir). En général, le positionnement (au sens géographique, mais également stratégique et économique) d'une nouvelle tour de contrôle se fait en procédant par étapes :
Cependant, compte tenu des contraintes de hauteur et de proximité des aires aéronautiques qui s'imposent aux tours de contrôle, certaines dérogations aux règles sont parfois acceptées. Le choix entre plusieurs positions possibles se fait selon une analyse multicritères : visibilité, servitudes, fonctionnement, coût. La hauteur d'une tour de contrôle est déterminée, en fonction de son implantation, d'une part pour s'affranchir d'éventuels « masques » gênants, d'autre part afin d'avoir un angle d'incidence visuel suffisant (règle du 1 %). La ligne de vision tracée depuis l'oeil du contrôleur jusqu'à un point de la chaussée observée doit faire avec celle-ci un angle supérieur à 1 % (0,7 % toléré ponctuellement), afin d'éviter une vision trop « rasante », ainsi que les phénomènes de diffraction par fortes chaleurs.
L'organisation et le dimensionnement en vigie dépendent :
Après avoir déterminé une implantation et une hauteur de tour de contrôle permettant de s'affranchir des masques vis-à-vis des secteurs de visibilité totale ou optimale (cf. plan des zones à voir), il reste indispensable de vérifier, grâce à une épure de visibilité, que les masques structurels de la vigie (poteaux, contour), et des équipements (postes de contrôles) ne sont pas rédhibitoires et sont acceptables.
La vigie présente également un certain nombre d'exigences qualitatives particulières (éclairage différencié, climatisation adaptée, vitrages, acoustique).
Bonne compréhension des communications internes et radio :
Climatisation nécessaire (pour contrer l'effet de serre).
Principe préconisé :
Le choix du type de vitrage à mettre en œuvre en vigie s'avère particulièrement délicat. En effet, outre le critère évidents de bonne visibilité, il doit répondre également à des exigences tout aussi contraignantes :
Page mise à jour le 13/01/06