La prévention


Une réglementation qui se durcit

Les tests de certifications aux impacts d'oiseaux des moteurs et des cellules, édictés par les règlements de navigabilité FAR (Federal Aviation Regulations) ou JAR (Joint Aviation Requirements) et appliqués en France sont de plus en plus sévères.

C'est pourquoi les moteurs les plus récents, bien que plus gros que ceux des générations précédentes, ont une meilleure résistance à l'ingestion d'oiseaux.

Des avions résistants

Les nouveaux règlements prévoient de tirer au banc d'essai :

Par exemple pour les plus gros moteurs la certification prévoit de tirer un oiseaux de 3,65 kg, 4 oiseaux de 1,15 kg, et 1 oiseau de 1,15 kg associé à 6 oiseaux de 0,7 kg.

Une telle quantité d'oiseaux supposés être avalés de façon identique par au moins deux moteurs demeure un événement exceptionnel et peu probable.

La structure des avions doit résister à des impacts d'oiseaux de 1,85 kg à la vitesse de croisière de l'aéronef. Par exemple : l'oiseau ne doit pas pénétrer au travers des pare-brises.

Mais les radomes moins "vitaux" pour la sécurité des avions sont parfois sérieusement endommagés.

L'ingestion ou l'impact d'oiseaux

Ce sont des événements à prendre très au sérieux pendant la conception du moteur ou de l'aéronef, du fait qu'à la masse parfois importante des oiseaux vient s'ajouter l'énergie cinétique due à la vitesse de l'avion. Les essais de certification confirment que les avions et les moteurs ont bien le niveaux de sécurité requis. Pour les moteurs, la certification actuelle distingue deux catégories d'oiseaux:

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Périodes de danger

Les risques de rencontre d'oiseaux ne sont pas continus tout au long d'une année.

Ils dépendent de l'activité des oiseaux et de l'intensité du trafic aérien.

Les saisons les plus dangereuses sont les périodes migratoires (octobre et mars) et la période de l'envol des jeunes non habitués aux avions (juin et juillet).

De même, l'aube et le crépuscule sont les moments de la journée les plus dangereux.

Cycle annuel et populations d'oiseaux

Espèce
Ensemble des individus qui possèdent des caractères anatomiques, morphologiques et physiologiques semblables, pouvant se reproduire entre eux pour donner des descendants féconds.

Sédentaire
Une espèce d'oiseau est sédentaire si elle vit, toute l'année au même endroit.

Trois périodes ornithologiques peuvent définir le cycle annuel d'une espèce d'oiseaux : le printemps incluant la migration de retour et la nidification, l'été / automne représentant la dispersion des jeunes et la migration aller, enfin l'hiver pendant lequel l'espèce est occupée à survivre.

Au cours de ces trois saisons, on voit se succéder plusieurs populations d'oiseaux : les sédentaires présents toute l'année sur le site de nidification, les estivants nicheurs (présents au printemps), les hivernants qui passent l'hiver dans des régions au climat leur permettant de survivre avant de retourner nicher, et les migrateurs de passage en transit migratoire.

Migrations

La migration se définit comme un mouvement de va-et-vient entre une zone de reproduction et une zone d'hivernage. Elle est dangereuse pour les espèces qui la pratique (oiseaux déportés par les vents, épuisement dû aux distances à parcourir, etc.). Elle n'est avantageuse que si la mortalité qu'elle entraîne est plus faible que celle due à la famine hivernale sur les lieux de reproduction.

C'est ainsi qu'il existe des migrateurs partiels : il s'agit d' espèces chez lesquels certaines populations migrent alors que les autres restent sur les sites de nidification à la mauvaise saison. Plus l'hiver est rigoureux, plus la vie est difficile, plus la migration est avantageuse. L'activité humaine peut aussi influencer la tendance à migrer pour certaines espèces, en assurant une nourriture abondante pendant l'hiver dans la zone de nidification (ex. décharges d'ordures ménagères, chaumes de maïs, etc.).

Le déclenchement des migrations (pulsion migratoire), est régie par des facteurs externes (conditions météorologiques) et internes (développement et régression des glandes sexuelles en fonction de la durée du jour, augmentation de l'adiposité, existence d'une horloge interne).

Les observations visuelles, le baguage, le radar et le radio-tracking sont les outils les plus utilisés pour l'étude des migrations. Les oiseaux migrateurs, dans la plupart des cas, ne suivent pas d'itinéraire précis. Ils traversent l'Europe sur un large front (sauf les Grues dont la route migratoire n'excède guère la centaine de kilomètre). Certains lieux de passage privilégiés peuvent être massivement empruntés (Gibraltar, Bosphore, cols en montagne, côte Landaise, etc.).

Les jeunes Oies et Grues suivent les adultes qui ont des repères topographiquement mémorisés. Les Coucous, les Loriots et bien d'autres espèces migrent d'instinct, les jeunes voyagent seuls (caps et latitudes d'hivernage inscrits dans le patrimoine génétique). D'autres systèmes de navigation sont utilisés: les migrateurs diurnes (Etourneaux, Rapaces) perçoivent les mouvements du soleil sur son arc. Les migrateurs nocturnes (Turdidés, Sylvidés) s'orientent à partir de la position des étoiles sur la voûte céleste. Par temps couvert, la perception des variations du champ magnétique terrestre ou la reconnaissance olfactive chez les Pigeons seraient utilisées.

Les distances parcourues sont souvent impressionnantes. La Sterne arctique parcourt environ 20 000 km à l'aller et autant au retour. Le Traquet motteux en couvre presque autant entre l'Alaska et l'Afrique. De nombreux oiseaux européens franchissent aux alentours de 10 000 km dans chaque sens (migrations aller et retour). Les vols sans escale peuvent atteindre des distances de 3 000 km (Traquet motteux). La vitesse moyenne de migration de cette espèce avoisinant les 40 km/h, il lui faut voler sans arrêt pendant 72 heures pour couvrir cette distance.

Chez certaines espèces, les jeunes et les femelles partent plus tôt et couvrent des distances plus importantes que les mâles (rapaces, petits passereaux).

La plupart des migrateurs volent au-dessous de 1000 m, mais des rencontres avec des avions ont lieu régulièrement à 5000 m avec des oies, le record étant détenu par un vautour percuté à une hauteur de 11 300 m.

Pour réaliser ces performances, les oiseaux ont besoin d'une énergie considérable, d'une réserve de "carburant" importante. Avant d'entamer la migration, ils stockent ce "carburant" sous forme de graisse. Ils peuvent ainsi aller jusqu'à doubler leur poids: le Phragmite des joncs passe d'environ 11g à 22g avant son départ, le Bécasseau maubèche de 120g à 250g environ, etc. Quand les conditions sont idéales, cette prise de poids est très rapide (le Phragmite des joncs peut prendre 0,5g par jour).

La migration d'automne est deux fois plus lente que le voyage de retour au printemps (les oiseaux sont pressés de nicher pour assurer au maximum le succès de la reproduction). En moyenne, la migration dure deux à trois mois à l'aller, un mois au retour. Les étapes sont irrégulières selon la nature des zones survolées. La traversée du Sahara ou de la mer se fait d'une seule traite puis les oiseaux s'arrêtent plusieurs jours en des sites plus favorables pour récupérer.

Le nombre d'oiseaux migrateurs qui survolent l'Europe est considérable. On estime à 5 milliards le nombre des Passereaux qui entament la migration d'automne, 40 millions de Rapaces, 700 000 Cigognes, etc. Les effectifs de migrateurs qui reviennent sur les sites de nidification est bien plus faible en raison de la mortalité hivernale et des pertes directement dues à la migration elle même.

Certains oiseaux font des voyages qui ne sont pas vraiment des migrations. De nombreuses Mésanges viennent passer des hivers dans les jardins, en ne s'éloignant que de quelques kilomètres des forêts où elles ont niché. Pendant la mue post nuptiale, oies et canards sont incapables de voler, ce qui les rend très vulnérables. Certaines espèces effectuent alors une migration de mue en se rendant dans des sites isolés (îles) puis reviennent sur leurs sites de nidification.

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Les textes réglementaires

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L'action des aéroports : tous mobilisés

Depuis juillet 1989, la lutte contre le risque aviaire est réglementée en France.

Tous les aérodromes d'intérêt national ont fait l'objet d'études spécifiques (lutte écologique).

Depuis 2009, ils ont été dotés d'un service de prévention du péril animalier chargé de mettre en œuvre les méthodes d'effarouchement.

Comprendre pour mieux lutter

La lutte écologique

La présence d'oiseaux sur les aérodromes est souvent due à l'existence d'un attrait particulier. Il faut bien comprendre pourquoi les oiseaux viennent sur l'aérodrome, puis s'attacher à supprimer dans cet environnement, tout ce qui peut favoriser leur présence dangereuse pour la navigation aérienne.

Par exemple, les mares temporaires ou permanentes situées sur les aérodromes doivent être asséchées ou recouvertes de filets. Les cultures trop attractives pour les oiseaux sont interdites dans les emprises aéroportuaires. La gestion des surfaces en herbe est adaptée aux populations d'oiseaux fréquentant l'aérodrome.

L'ouverture de décharges publiques est réglementée dans le voisinage des aérodromes.

Méthodes d'effarouchement

Les oiseaux sont particulièrement sensibles aux stimuli visuels et acoustiques. Des méthodes et des moyens d'effarouchement adaptés ont donc été développés. Ils comprennent :

des moyens mobiles

Diffusion de cris de détresse spécifiques à partir de moyens embarqués à bord d'un véhicule. Tirs sélectifs d'espèces autorisées par le préfet. Tirs de fusées crépitantes ou détonnantes de courte ou longue portée. Effarouchements ponctuels par des torches laser portables.

Ces moyens sont la plupart du temps mis en oeuvre par des équipes de lutte aviaire. Ils ont un excellent rapport coût/efficacité.

Testée dans les années 1980 sur les aérodromes civils, la fauconnerie a été abandonnée pour des raisons de coût et de responsabilité. Elle est encore utilisée sur certains aérodromes militaires.

des moyens fixes

Emission de cris de détresse télécommandés à partir d'appareils démontables et autonomes disposés à proximité d'une piste.

Utilisation de lasers fixes balayant la piste de manière automatique (provoque l'envol des oiseaux surtout de nuit et par faibles luminosité).

Lutte contre les mammifères

Les incursions de chiens, chevreuils, sangliers et autres animaux sur les aérodromes, peuvent avoir des conséquences graves. Une dizaine de collisions sont signalées chaque année en France. Les solutions passent par des clôtures adaptées, la suppression du couvert, l'effarouchement avec la pyrotechnie, la capture ou le prélèvement avec l'accord des préfets.

Recherches

Le goût et l'odorat étant peu développés chez les oiseaux, des répulsifs très puissants sont nécessaires pour obtenir quelques résultats temporaires. Ces méthodes coûteuses, très difficiles d'emploi et peu efficaces dans le temps sont inutilisables sur les aérodromes.

L'ouïe de l'oiseau ne perçoit pas les ultrasons. Les infrasons (perçus par des récepteurs tactiles dans les pattes) pourraient être utilisables mais sont très difficile à générer.

Seuls les sons dans la bande audible par l'homme sont utilisables, qu'ils soient biologiques (cris de détresse) ou physiologiques (bruiteurs, pétards).

Les moyens physiques qui empêchent les oiseaux de se poser (picots) donnent de très bons résultats.

La vision est le meilleur organe des sens chez les oiseaux. C'est pourquoi les effaroucheurs utilisant une source laser sont utilisables. Ils agissent sur toutes les espèces sans accoutumance.

Des recherches sur la détection automatique d'objets sur les pistes y compris les animaux, sont à l'étude (radars, caméras thermiques, lasers).

La fauconnerie donne aussi d'excellents résultats, contrairement aux modèles réduits qui prêtent à l'accoutumance et sont difficiles à piloter sans risques sur un aéroport.

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L'action des équipages

Avant le vol

Les pilotes doivent bien conduire le réchauffage des parebrise dont la résistance est liée à la température. Il est important de prendre connaissance des informations sur la situation ornithologique des terrains de départ et d'arrivée (Notam, ATIS), afin de demander une intervention d'effarouchement dès qu'un risque de collision avec des oiseaux existe.

Une demande d'effarouchement au moment de la mise en route permettra une intervention du service de prévention avant le décollage.

Pendant le vol

Pendant le roulage, l'équipage regardera autour de l'avion pour détecter l'éventuelle présence d'oiseaux dangereux pour la navigation aérienne. Il faut savoir que des oiseaux posés sur une piste sont face au vent et ne voient donc pas un avion en phase de décollage. Dans le cas d'une présence d'oiseaux dangereux, demander une intervention d'effarouchement sans hésiter à différer le décollage de quelques minutes. Il ne faut jamais utiliser l'avion comme moyen d'effarouchement. L'utilisation du radar météo ne donne aucun résultat en matière d'effarouchement. Allumer les phares d'atterrissage et les feux à éclats permet de mieux matérialiser l'aéronef.

En cas de collision avec des oiseaux, l'interruption d'un décollage doit rester une procédure exceptionnelle.

Pour les moteurs les plus modernes, les essais de certification prouvent leur fiabilité dans les cas d'ingestion d'oiseaux les plus sévères. Il faut savoir que 50% des accidents ayant pour origine une rencontre d'oiseaux, ont lieu après un décollage interrompu. Après le décollage, il peut toujours être décidé un atterrissage de prudence si le bon fonctionnement de l'appareil est remis en cause.

Remarques

Après le vol

Tout impact d'oiseaux doit faire l'objet d'un compte-rendu de rencontre d'oiseaux, si minime soit-il. Il est important de faire le tour de l'avion pour constater des dégâts éventuels. L'ingestion dans le flux primaire d'un moteur conduira à une endoscopie du compresseur. A chaque fois que cela est possible, il est souhaitable de récupérer des plumes (même des duvets), pour permettre l'identification des oiseaux mis en cause.

La multiplication des données permettra une meilleure connaissance des situations ornithologiques des terrains concernés et la mise en œuvre d'actions complémentaires. D'autre part l'étude des restes d'oiseaux (d'où leur masse), permet de tester en exploitation la validité des normes de certification aux impacts d'oiseaux.

Si la présence d'oiseaux a été détectée pendant les phases de décollage ou d'atterrissage, avertir le contrôle qui fera intervenir le service de lutte aviaire pour les avions suivants.

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Hivernage
Période pendant laquelle les oiseaux viennent trouver dans une région, un climat et la nourriture leur permettant de survivre à l'hiver avant de retourner dans leur pays d'origine.
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Adiposité
Surcharge graisseuse locale.
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Radio-tracking
/ Méthode de marquage à l'aide d'émetteurs radio miniaturisés permettant de suivre et localiser les oiseaux.
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Turdidés
Famille de passereaux souvent vus à terre, comprenant les Grives, les Merles, les Traquets (301 espèces).
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Sylvidés
Famille de passereaux insectivores comprenant les Fauvettes, les Rousserolles, les Pouillots (321 espèces).
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Page mise à jour le 15/3/2011